Destinés à être UNS

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Dans la  théologie historique de la plupart des courants de l’Eglise (à partir du 2ème siècle déjà),  l’Eglise était appréhendée comme une troisième race, un nouveau peuple de Dieu, ni Juif, ni Gentil. L’Eglise était perçue comme un ensemble de personnes qui avaient été Juifs ou non-Juifs, mais qui n’étaient plus ni l’un ni l’autre. L’identité de l’Eglise était décrite comme une nouvelle et véritable Israël ayant remplacé la vielle Israël ethnique finalement rejetée par Dieu à cause de leur rejet d’Israël.

Il est si facile de voir comment les textes ont été utilisés pour soutenir cette position. « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature… » (2 Co 5:17). Aujourd’hui, certaines personnes interprètent cela en disant que quand quelqu’un est dans le Messie, il passe par une nouvelle création. Nous lisons que dans le Messie,  » Il n’y a plus ni Juif ni Grec » (Galates 3:28). Bien sûr, ce passage déclare aussi qu’il n’y a plus ni homme, ni femme et l’Eglise n’a jamais enseigné sur l’élimination de la distinction des sexes. Cependant, nous pouvons comprendre comment l’Eglise a appréhendé ces textes.

L’Epitre aux Ephésiens a largement contribué à l’établissement de cette définition par rapport à la relation entre  Juifs et non-Juifs « … lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié… afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix, et de les réconcilier, l’un et l’autre en un seul corps, avec Dieu par la croix… » (Eph 2: 14 – 16). Mais aussi: « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous… » (Ephésiens 4: 4 – 6)

Qu’en est-il de l’ethnicité?

D’autres textes semblent aussi soutenir cette idée d’une troisième race (troisième race – genus tertium est un terme mentionné par Tertullien et repris également au 19ème siècle par Adolf Harnack). Cette idée parle d’un nouveau peuple unifié de Dieu où toutes les distinctions d’ethnicité n’ont plus d’importance. 1 Corinthiens 12: 12 – 13 déclare que « Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il de Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. » Nous pouvons cités d’autre textes comme celui de Pierre qui dit que tous les croyants forment un sacerdoce royal et sont édifiés pour former une maison spirituelle constituée de pierres vivantes (1 Pi 2: 4 – 5)

Comment ces déclarations sur l’unité, sur un seul corps, sur une maison spirituelle, un homme nouveau, etc. peuvent- elles  être  » démêlées »? Doivent-elles être prises comme mettant fin littéralement au rôle ethnique d’Israël? Ou comme si les distinctions ethniques n’avaient plus d’importance? Est-ce que la « non différence  » entre Juifs et non-Juifs, hommes et femmes concerne tous les domaines ou seulement le salut et le statut de la position spirituelle devant Dieu (« Il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes » Eph 2:6)

Il y a plusieurs niveaux

Certains ont mis l’accent sur le fait que nous, Juifs et non-Juifs, hommes et femmes, sommes identiques et un à certains égards mais pas à tous les égards. Ainsi ce n’est que  par rapport au salut dans le Messie et à notre statut spirituel que nous sommes pareils et qu’en effet nous sommes Un seul Corps. Cependant, d’autres textes montrent clairement qu’à d’autres niveaux de l’œuvre de Dieu envers les nations et les groupes ethniques, il y a toujours une distinction importante et un but différent pour Israël et les différents peuples. Les autres textes des Ecritures utilisent d’autres analogies et métaphores et présentent un enseignement plus en accord avec l’accent mis par la Bible Hébraïque sur le rôle éternel de l’Israël ethnique  dans le plan de rédemption de Dieu et dans le temps à venir. La nature de la relation entre Israël, l’Eglise, le Corps du Messie constitué de Juifs et de non-Juifs présente de nombreuses facettes et comporte plusieurs niveaux. Le danger le plus grand est de simplifier les Ecritures à l’extrême et d’ignorer le poids des textes qui ne s’intègrent pas au point de vue choisi ou de tordre ces textes pour les intégrer.

En effet, certains textes amènent à une théologie totalement différente de l’interprétation de la théologie historique de la troisième race. Ces textes conduisent à une définition de l’Eglise très différente de celle qui considère l’Eglise comme étant la troisième race ou le nouvel Israël.

Pour cerner cette autre définition de l’Eglise, je vais présenter d’autres textes qui donnent du crédit à la théologie du « Un seul homme nouveau » d’Ephésiens.

La théologie du royaume des Evangiles synoptiques.

Le ministère de prédication de Yeshoua commence avec l’annonce du Royaume de Dieu.  « Le royaume de Dieu est proche » (Marc 1: 15). C’est la bonne nouvelle. Depuis la publication du livre de George Ladd(1), le monde évangélique a de mieux en mieux compris que l’Evangile prêché par Yeshoua était une invitation à entrer dans le Royaume de Dieu. L’interprétation faite de ce texte, c’est qu’avec la venue de Yeshoua « Le Royaume de Dieu est disponible pour vous. Le Royaume de Dieu a fait irruption dans ce monde. Les derniers jours ont commencé ». Le ministère de Yeshoua peut donc être compris comme la manifestation du Royaume, de l’âge à venir, que ce soit dans son enseignement, au travers des signes et des miracles qu’il a accomplis et finalement par sa résurrection. C’est je crois, la compréhension principalement adoptée par les érudits actuels. Cette compréhension du Royaume amène de plus en plus de discernement.

Ainsi,  N. T. Wright perçoit le sermon sur la Montage comme l’enseignement de la Torah et l’applique comme s’il était fait pour l’avènement de l’ère du Royaume. Les Béatitudes de Matthieu 5 sont comprises d’une nouvelle manière. Les pauvres ne sont pas bénis parce qu’ils sont pauvres et les affligés parce qu’ils pleurent. Au contraire, l’irruption du Royaume apporte un grand renversement(2).  Les pauvres ne sont plus caractérisés par leur pauvreté et ceux qui sont affligés sont extraits de leur douleur. Ceux qui ont faim et soif de justice sont rassasiés. Cette interprétation était un des fondements des écrits de discipulat de Dallas Willard, qui a brillamment popularisé l’érudition(3).

Le Royaume est venu et il vient

Un des passages les plus centraux de cette interprétation des Evangiles se trouve dans Luc 7 et Matthieu 11. Jean le Baptiste envoie ses disciples demander à Yeshoua s’il est Celui qui doit venir, le Messie, où s’il faut en attendre un autre. Cette confusion à propos de Yeshoua a pu être produite par les doutes que Jean expérimentait à cause de son emprisonnement. Il ne lui semblait pas que le Royaume était venu ou qu’il était sur le point d’arriver. La réponse de Yeshoua est des plus instructives.

Et il leur répondit: Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute! – Luc 7: 22 – 23

Ce sont les signes de la présence du Royaume. Oui, Yeshoua est le Messie et le Royaume est venu, mais d’une manière partielle. Il est venu de manière à grandir, à se répandre, à s’étendre et à se développer. Il vient et il avance de manière inattendue. On peut le manquer et s’en offenser.

Privilège du Royaume

Dans ce même contexte, l’enseignement de Yeshoua sur le privilège de Jean fait ressortir la vérité avec encore plus de clarté. Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’y eu personne de plus grand que Jean. Cependant,  » le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui ». Cela ne veut certainement pas dire qu’ils ont un caractère plus grand! Cela veut dire que de faire partie du Royaume dont l’aurore n’a pas encore paru est un privilège plus grand que celui que Jean a expérimenté. Jean était un pont, mais il n’avait pas part au privilège des disciples de Yeshoua et de ceux qui leurs seraient ajoutés.

La parabole de Matthieu 13 explique la nature du Royaume avec beaucoup de détails et de clarté. Le Royaume est venu: il commence comme un grain de sénevé qui va grandir pour devenir la plante la plus grande du jardin (le monde?). Il est dispersé lorsque les graines de la Parole sont semées. Le blé et l’ivraie croitront ensemble jusqu’à la moisson finale et la séparation de ceux qui sont méchants et de ceux qui sont bons. Entrer dans le royaume, c’est acquérir une perle de grand prix et un trésor enterré qui donne au champ une valeur inestimable.

La résurrection de Yeshoua et le déversement de l’Esprit, le jour de la pentecôte (Chavouot) nous ont amenés dans un  bond en avant par rapport au Royaume. Alors, un autre aspect de l’ère à venir (l’Esprit répandu sur toute chair, Joël 2: 28 – 30) a commencé à s’accomplir.

Le Royaume: passé et futur

La compréhension du Royaume repose sur deux orientations. D’abord, nous considérons le passé, l’histoire d’Israël et nous voyons le genre de nation que Dieu cherche à établir au milieu de la terre. Nous considérons le meilleur du règne de David et du début du règne de Salomon comme une image du Royaume dans une nation qui était une lumière attirant les autres vers la vérité sur Dieu. Puis nous regardons le futur et l’image prophétique de ce qui sera. Ce futur est une clé encore plus grande pour comprendre les Ecriture de la Nouvelle alliance. En effet, dans cette ère à venir, les aveugles verront, les boiteux marcheront, les sourds entendront, les pauvres seront délivrés dans une abondance qui  se répandra dans toutes les nations, mais en particulier dans la nation d’Israël. La loi de Dieu sera écrite sur les cœurs (Ezéchiel 36:24 et Jérémie 31:33).

Cependant, l’image la plus grande de cette ère à venir est une image internationale. Le fils le plus important de David, le Roi/ Messie règnera à partir de Jérusalem. Les nations transformeront leurs glaives en hoyaux et leurs lances en serpes et les nations n’apprendront plus la guerre (Esaïe 2). Israël et les nations seront un sous le gouvernement du Messie. L’étendue de sa domination et la durée de son règne n’auront pas de fin. La connaissance de l’Éternel remplira la terre, comme les eaux recouvrent (le fond de) la mer. (Esaïe 11:9). L’image prophétique se répète encore et encore; les nations viendront à la lumière du Messie ou à la lumière du témoin d’Israël (Esaïe 42:4, 49: 6-7; 60:3).

Les Evangiles synoptiques présentent tous pour leur défense ou comme apologétique, que Yeshoua est le Messie et que le Royaume est venu, plaidoyer transmis à l’origine sous forme orale au peuple juif et qui remonte au prêche et à l’enseignement de Pierre (Richard Bauckham) (4). Oui, Yeshoua est le Messie et le Royaume est vraiment venu, mais pas à la manière dont il était attendu et pas d’un seul coup. La preuve en est, les signes et les miracles de Son ministère et de Sa résurrection d’entre les morts. Cette question est reprise dans le livre des Actes, une extension de l’évangile de Luc. Dans Actes 2, le déversement de l’Esprit n’est qu’une preuve de plus que Yeshoua est le Messie et que le Royaume est venu, faisant irruption dans cette ère.

Qu’en est-il des Gentils?

Cela m’amène à parler de la manière dont le Nouveau Testament interprète l’arrivée des non-Juifs qui répondent au message de l’Evangile. Actes 15 est un passage clé de notre interprétation et l’ensemble du livre des Actes est crucial comme clé d’interprétation de la théologie des Juifs et des non-Juifs dans le corps du Messie. Comme Howard Marshall le souligne, le livre des Actes n’est pas qu’une histoire descriptive, c’est un livre de théologie(5).

La question première d’Actes 15 concerne la nécessité ou pas pour les non-Juifs d’être circoncis et de garder la Torah de Moïse pour être sauvés (Actes 15:1). Cependant la réponse donnée à cette question a des implications énormes sur la nature de l’Ecclésia formée en Yeshoua. J’utilise le mot grec Ecclésia, qui transcende les connotations associées au mot Eglise. Je pourrais aussi utiliser l’hébreu, Kehilah.

Preuve évidente

Le témoignage de Pierre et de Paul relèvent les signes et les miracles qui accompagnaient la venue à la foi des non-Juifs! Effectivement. Le don de l’Esprit Saint prouvé par de telles manifestions était la preuve que Dieu avait accepté les non-Juifs par leur foi en Yeshoua sans circoncision. C’était comme cela aux premiers commencements lorsque Pierre a visité la maison de Corneille, cela s’est poursuivi dans le cas de la congrégation d’Antioche et cela s’est répété encore lors des missions de Paul.

La circoncision et le fait d’observer toute la Loi seraient requis si le salut requérait que l’on se joigne et que l’on s’assimile à l’Israël ethnique. Cependant, le fait de ne pas circoncire a montré l’acceptation de personnes des nations sans qu’ils aient à devenir Juifs. Comment comprendre alors l’expansion du peuple de Dieu et l’inclusion des non-Juifs, ceux qui proviennent des autres nations?

Afflux des Gentils

A première vue, la réponse du responsable de la congrégation de Jérusalem, Jacob (Jacques) est curieuse, lorsque dans Actes 15, il est fait mention des non juifs qui ont été sauvés.  Il cite un passage d’Amos 9:11 – 12 qui fait référence au millénaire dans son contexte original.  Dans la version de la Septante, qui pour certains a la meilleure traduction :

Simon a raconté comment Dieu a d’abord jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d’elles un peuple qui portât son nom. Et avec cela s’accordent les paroles des prophètes, selon qu’il est écrit:

« Après cela, je reviendrai, et je relèverai de sa chute la tente de David, J’en réparerai les ruines, et je la redresserai, afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, ainsi que toutes les nations sur lesquelles mon nom est invoqué, dit le Seigneur, qui fait ces choses. »

Qu’est-ce que voulait dire Amos ?

La perspective de Jacob est que Dieu prend un peuple qui lui appartient en propre parmi les non-Juifs. Il ne prend pas quelques personnes pour les convertir en Juifs, ou pour les inclure dans une nouvelle “troisième race ». Sa citation d’Amos se situe dans la perspective des choses de la fin, des derniers temps, quand Israël et les nations seront « un » sous le règne du Messie.

Les arguments de Jacob sont en cohérence avec tout le contexte des Évangiles synoptiques.  Si le Royaume est venu, faisant irruption dans ce monde, tout comme l’ont prouvé les signes et les miracles de Yeshoua, de ses apôtres, et le déversement du Saint Esprit, alors un autre aspect du Royaume serait aussi en adéquation. Cet autre aspect est l’inclusion des non-Juifs qui se soumettent au gouvernement de David. Bien que Yeshoua ne règne pas encore sur un trône sur terre à Jérusalem, Il a commencé à régner et Il est assis à la main droite de Dieu.

Lumière pour les nations

A plusieurs endroits, les prophètes parlent de la conversion des nations et de leur venue à la lumière du Messie. Il est une lumière pour les nations, une bannière pour les peuples, et Il apporte le salut de Dieu aux extrémités de la terre.  L’ajout de Gentils, sans conversion au judaïsme, est conforme à ce qui a été annoncé par les prophètes, et cela se passe déjà maintenant.  Pourtant, il y a encore ce « pas encore » d’une conversion complète des nations vers le Dieu d’Israël (6). On peut voir le texte d’Amos comme quelque chose qui est déjà en train de se passer. La Tente de David correspond au rétablissement de l’alliance Davidique et le rassemblement est en train de venir sous son règne, sous la couverture de sa tente.  La venue des Gentils est une preuve supplémentaire que Yeshoua est le Messie et que le Royaume a pris place dans cette ère.

Cette optique est claire dans plusieurs textes où les non-juifs ne deviennent pas des Juifs et ou Juifs et non-Juifs ne deviennent pas une troisième race ensemble. Romains 15, nous en donne un très bon exemple avec ce texte très important:

Je dis, en effet, que Christ a été serviteur des circoncis, pour prouver la véracité de Dieu en confirmant les promesses faites aux pères, tandis que les païens glorifient Dieu à cause de sa miséricorde, selon qu’il est écrit:

« C’est pourquoi je te louerai parmi les nations, Et je chanterai à la gloire de ton nom. Il est dit encore: Nations, réjouissez-vous avec son peuple!  Et encore: Louez le Seigneur, vous toutes les nations, Célébrez-le, vous tous les peuples! Ésaïe dit aussi: Il sortira d’Isaï un rejeton, Qui se lèvera pour régner sur les nations; Les nations espéreront en lui. » – Romains 15: 8 – 12

L’utilisation Paulinienne de ces textes, lorsque nous remplaçons le mot Gentils ou non-Juifs du grec par le mot nations, nous montre la promesse avec des termes clairs. Israël et les nations sont destinés à devenir un sous le règne du Messie. Cependant dans le temps présent, nous voyons que Juifs et non-Juifs (où les peuples des nations) sont un dans le Messie. Ils sont une préfiguration eschatologique de l’âge à venir. Ils démontrent déjà l’âge à venir dans le temps présent.

La gloire des nations

Dans Amos 9 et Romains 15, nous voyons qu’Israël et les nations sont destinés à devenir un sous le règne du Messie. La perspective d’Apocalypse 21 est très similaire. Après avoir décrit la Nouvelle Jérusalem avec des pierres de fondation sur lesquelles sont écrits les noms des 12 apôtres et des portes portant les noms des 12 tribus d’Israël, nous pouvons lire:

On y apportera la gloire et l’honneur des nations. Ap. 21: 26

Cette image semble montrer que chaque nation ou ethnie a sa propre gloire distincte qu’elle apportera à la Nouvelle Jérusalem. Cela pourrait nous aider à donner un sens à Apocalypse 7, où les 144’000 représentent les Juifs Messianiques et ceux de toutes les nations représentent les Gentils. L’idée que ces deux groupes sont identiques tout en ayant une symbolique différente ne colle pas aussi bien que de les voir comme deux groupes qui font partie du peuple de Dieu (7).

Distinction de l’olivier

Le texte classique le plus important utilisant l’analogie de l’olivier respecte aussi l’unité avec des distinctions. L’olivier représente le peuple de Dieu. Le peuple de Dieu était constitué dans sa majorité par le peuple juif jusqu’à ce que l’Evangile soit diffusé parmi les Gentils (non-Juifs). Romains 11 apporte ces distinctions.

  1. Les nations sont décrites comme des oliviers sauvages. Ceux qui sont sauvés des nations ont été coupés de ces arbres et greffés sur l’olivier franc (cultivé).
  2. La seule nation « cultivée » est l’Olivier juif.
  3. Ils partagent ensemble la même sève venant de la racine de l’olivier.

Les Juifs sont les branches naturelles, dont certaines ont été retranchées. Nous ne devons pas assumer que ces branches qui ont été coupées, sont simplement ceux qui n’ont pas reçu le Messie. Cette question au temps des écrits de Paul était déjà soulevée. Il était connu que parmi les Juifs fidèles, certains étaient infidèles et Paul fait référence à cela dans Romains 2.  Cependant, Dieu est capable de regreffer sur l’olivier, ces branches retranchées. Les branches sauvages sont les nations et elles représentent toujours ceux des nations. Elles représentent le reste sauvé des nations tout comme les disciples juifs de Yeshoua sont le reste sauvé de leur propre nation (Romains 11:6). Les disciples juifs de Yeshoua sont l’offrande de premiers fruits qui apporte la sanctification au reste de la nation, Israël (Romains 11:16). Ainsi, la nation d’Israël, le peuple juif, reste élue et choisie.

L’unité avec une distinction est maintenue

La décision d’Actes 15 de ne pas demander aux Gentils de remplir la responsabilité spécifique juive qui incluait la circoncision et d’autres marqueurs spécifiques de l’identité juive (que la théologie de la perspective paulinienne interprétait comme les « œuvres de la loi ») ne dispense pas les croyants juifs en Yeshoua de cette responsabilité spécifique juive. Actes 21 clarifie les implications du conseil d’Actes 15 pour les croyants juifs en Yeshoua lorsque Jacob demande à Paul d’offrir des sacrifices pour l’accomplissement des vœux de Nazaréen de quatre hommes. Paul avait aussi fait un vœu et accompli la période de temps nécessaire (Actes 18:18). L’offrande publique de Paul devait être faite pour que chacun sache que Paul marchait de manière correcte en observant la Torah. L’implication, ici, était que les Juifs étaient appelés à observer les responsabilités spécifiques à l’alliance Juive. Paul s’est soumis  avec grâce à la requête de Jacob. Il semble que c’est le but de Luc de montrer l’unité avec les distinctions propres aux Juifs et aux Gentils dans le mouvement messianique.

1 Corinthiens 7 montre une distinction qui se poursuit entre Juifs et Gentils dans le Corps du Messie.

C’est ainsi que je l’ordonne dans toutes les Églises. Quelqu’un a-t-il été appelé étant circoncis, qu’il demeure circoncis; quelqu’un a-t-il été appelé étant incirconcis, qu’il ne se fasse pas circoncire… Que chacun demeure dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé. 1 Corinthiens 7: 17-18, 20 (8)

Galates 5 entre dans le même modèle d’enseignement. Les gentils sont appelés à ne pas se faire circoncire. Si quelqu’un se fait circoncire, « il est tenu de pratiquer la loi tout entière ». Cependant, par conséquence, étant donné qu’un juif est circoncis, il est tenu de le faire. Ceci amène forcément une distinction dans la façon de vivre.

Une nouvelle humanité

Ephésiens 2 nous donne une description différente qui peut être interprétée d’une manière qui corrobore ce qui a été écrit jusque là.

La passé païen des Gentils est présenté en termes sévères. Ils étaient:

« …privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. « (Eph 2:12)

Mais maintenant le mur de séparation a été abattu; le mur de séparation du Temple, utilisé figurativement comme une barrière, parce qu’il séparait la cour des Gentils ,de la cour des femmes, et de la cour intérieure dans laquelle seuls les hommes Juifs pouvaient entrer. De tout cela, Dieu a créé une nouvelle humanité. Cela ne doit pas être pris dans le sens d’une troisième race mais d’une nouveauté de vie partagée par les Juifs et les Gentils qui font de nous un peuple rassemblé dans le Messie. Cela transcende les races, tout en maintenant cependant les appels distincts de chaque ethnie. Donc Paul déclare qu’ils sont:  » concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. » C’est la même chose que l’unité d’un homme et d’une femme dans le mariage.

Une destinée partagée

La version RSV (Revisited Standard Version) donne une interprétation de traduction, qui peut aider en déclarant que les Gentils ont été inclus dans le Commonwealth (communauté des nations) d’Israël. Cette idée que les Gentils sont en quelque sorte une partie de l’expansion d’Israël par leur lien avec le Roi d’Israël et le reste sauvé d’Israël.  Cela ne met pas fin à leur identité ethnique qui représente leur identité devant Dieu. C’est pourquoi le mot Commonwealth (Communauté des nations) est si utile. Ils ne deviennent pas des Juifs, même si un Juif vit en eux. Ils ne remplacent pas Israël  que ce soit comme une troisième race ou de quelque façon que ce soit. Cependant il y a un Israël étendu au sens large du terme, en tant que peuple de Dieu et les Gentils partagent l’appel sacerdotal (9).

Conclusion

Avec cette lecture, nous voyons qu’Israël fait partie de l’identité de l’Ecclésia et que l’Ecclésia fait partie de l’identité d’Israël. Ces identités doivent encore être découvertes par certains. Donc qu’est-ce que l’Ecclésia? Ce sont tous ceux qui sont en Yeshoua, mais c’est aussi ceux des nations qui ont été liés au reste Juif Messianique et par conséquent qui ont été connectés ou liés ou unis à Israël pour le bien de la rédemption du monde. Ce lien est formé parce que nous sommes unis avec le Roi d’Israël, Yeshoua qui rassemble les Juifs et les Gentils et les amène à être connectés avec la nation d’Israël.

La destinée de l’Eglise est liée à la destinée d’Israël, une destinée jointe. La destinée d’Israël est aussi liée à la destinée de l’Eglise. Les personnes des autres nations qui sont liées au Corps  sont aussi liées à l’héritage du peuple juif en tant qu’ancêtres spirituels. Nous pouvons donc dire en résumé que l’Eglise comprend ceux des nations qui se sont unis à Israël, au peuple Juif et à sa destinée pour le bien de la rédemption du monde. Bien entendu, ils sont liés avant tout avec le reste sauvé d’Israël et son Roi. Cependant, nous devrions voir ce que Mark Kinzer appelle une « Israël Christologie » où il n’y a pas de séparation entre être uni au Roi d’Israël et l’être à Israël étant donné qu’Israël et son Roi sont corporativement un (10).
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  1.  George Ladd, The Gospel of the Kingdom, Eerdmans: Grand Rapids, Michigan, 1959. 2
  2.  N. T. Wright, Jesus and the Victory of God, Minneapolis: Fortress Press, 1996, pp. 288, 289.
  3.  Dallas Willard, The Divine Conspiracy, New York: Harper Collins, 1998, pp. 100, 101.
  4. Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses, The Gospels as Eyewitness Testimony, Grand Rapids: Eerdmans, 2006, pp. 155, 181, especially 179.
  5.  Howard Marshall, Luke, Historian and Theologian, Grand Rapids: Zondervan, 1978. Marshall prétend que le but de Luc est de montrer la relation au sein d’un peuple qui maintient l’unité tout en faisant une distinction entre Juifs et Gentils.
  6.  Markus Bockmuel, Jewish Law in Gentile Churches, Grand Rapids, Baker Academic, 2000, pp. 5-7, 81-82, 147-148, 158, 160-162. Il dit que le Nouveau Testament reflète ce débat entre l’école de Shammai où le salut n’était possible que pour ceux qui se convertissaient au Judaïsme et l’école de Hillel qui enseignait que les peuples des nations pouvaient trouver le salut en s’engageant envers Dieu et en suivant la loi universelle. Il considère que la distinction entre loi universelle et la loi spécifique aux Juifs étaient déjà comprise dans l’école de Hillel.
  7.  David Frankfuter commentary on the book of Revelation, p. 476, in Amy-Jill Levine and Mark Zvi Brettler, The Jewish Annotated New Testament, New York: Oxford University Press, 2011.
    R. Kendall Soulen, The God of Israel and Christian Theology, Minneapolis: Augsburg-Fortress Press, 1996, p. 169-171.
  8.  David Rudolph, “Messianic Judaism in Antiquity and in the Modern Period,” in David Rudolph and Joel Willitts, Messianic Judaism, Grand Rapids, Zondervan, 2013, p. 23, 24.
  9.  Mark Kinzer, Searching Her Own Mystery, Eugene, Oragon: Cascade, 2015, loc. 1276-1292, 3900-3949, Daniel Juster, Growing to Maturity, Rockville, Maryland: Union of Messianic Jewish Congregations, 1982, 1985, pp. 221-223, Jewish Roots, Shippensburg, Pa: Destiny Image, 2013, p. 57, 58 The Irrevocable Calling, Clarksville, Maryland: Lederer, 2007, pp. 44, 46, 47. Tous ces livres sont en faveur de ce type de définition. Remarquez que celui de Kinzer a la réponse la plus compréhensive envers l’Eglise catholique à ce sujet.
  10.  Kinzer, On Israel-Christology, loc. 2336-2375, 2482.
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By | 2016-03-16T00:00:00+00:00 mars 16th, 2016|Non classé|0 Comments

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